Petite récréation intellectuelle : le temps n'est pas la quatrième dimension

Dane Rudhyar est attaché au concept de temps tel que l'exprime Bergson, à savoir le temps comme un concept bio psychique.

Nous illustrerons rapidement par un exemple pragmatique de quoi il retourne, puis nous nous demanderons ce en quoi peut bien constituer cette quatrième dimension, dont l'existence aujourd'hui ne peut être niée autrement que ne pouvait l'être, par exemple, l'électricité il y a mille ans …

Le temps comme concept bio psychique

Considérons trois catégories d'êtres vivants occupant notre planète : la fourmi, l'être humain et l'éléphant.

Nous nous sommes tous amusés étant enfant ( parfois même encore à l'age adulte, tant la chose est passionnante ) à nous pencher sur une étendue d'espace vert pour observer la vie de ces petits êtres que les adultes ont appelé « fourmis ». Je m'en souviens moi-même très bien, malgré qu'alors mes jambes n'éloignaient pas encore de bien loin ma tête du sol. J'en choisissais une, puis je la suivais pendant des heures, ou jusqu'à ce qu'elle disparaisse dans une entrée de la fourmilière, au milieu de l'herbe. La chose essentielle qui m'a marqué alors, c'est qu'elles semblaient se déplacer et vivre comme en accéléré ; un peu comme sur les films originaux au tout début de l'existence de cette technologie, vers le début du 20ème siècle.
A contrario, une visite ultérieure dans un zoo, lors d'une période de vacances scolaires, m'a permis d'apprécier la compagnie sympathique d'un éléphant et d'en faire une autre constatation. Lui se déplaçait, vivait et semblait penser au ralenti.
La fourmi, selon ses perceptions différentes des nôtres résultant de la constitution de son organisme, a donc une journée de vingt quatre heures perçue comme bien plus longue que la nôtre, et à l'inverse, l'éléphant a, de son coté, une perception de cette même durée beaucoup plus courte que la nôtre. Le lien avec l'espérance de vie moyenne n'est pas abordé ici, mais reste un sous-entendu hypothétique intéressant.
Il s'ensuit encore que la fourmi nous perçoit comme nous percevons l'éléphant, au ralenti, et l'éléphant, lui, nous perçoit en accéléré comme les badauds des vieux films originaux des rues de 1900.

Par ailleurs, et pour compléter ce tableau, n'avons nous pas tous et chacun de nous cette expérience commune et individuelle de l'enfance, où un lieu familier de notre plus jeune âge, à quatre cinq ou six ans, nous paraît à l'age adulte très différent et surtout généralement beaucoup plus petit que ce que nous l'avons perçu  et vécu alors ? Et qu'on ne me dise pas que cela ne tienne seulement que de la différence de taille d'un enfant et d'un adulte, c'est insuffisant, car la taille, sans considérations de rythmes de phénomènes biopsychiques et métaboliques induits, n'est pas liée seule aux phénomènes de conscience conduits par l'expérience sensorielle ... 

Repensons aux échanges que nous avions à cet age avec nos petits camarades, le sérieux que nous leur attribuions, et regardons ces mêmes échanges chez des enfants du même age que nous pouvons observer lorsque nous sommes devenus adultes. Ne pouvons-nous pas conclure, en toute honnêteté, à des perceptions d'espace et de temps qui, liées au type de conscience propre à chaque âge, se modifient au fil du temps ? A l'age de quatre ans, une année entière, soit un quart de toute  notre vie, n'est-elle pas perçue et vécue d'une toute autre manière qu'une même année à quarante ans, et encore à quatre-vingts ? Est-il sérieux  et si élaboré de faire toutes ces théories mathématiques savantes et compliquées sur un temps qui, en quelque sorte, serait un concept, une structure autonome non liée à la perception d'un être vivant ? Nos mesures ne dépendent-elles pas d'objets que nous fabriquons selon nos perceptions de l'espace et du temps ? La conviction du scientifique de mettre en oeuvre une expérience non influencée par lui-même, alors, ne semble-t-elle pas un pis-aller, une auto-conviction version "méthode Coué", un comportement compensatoire des contraintes et exigences de nos structures sociales et sociétales, tant sur le plan des ambitions individuelles que des aspirations collectives et professionnelles auxquelles nous nous devons de prétendre pour être quelqu'un ? Un manège inarrêtable qui nous emmène au-delà de nos ambitions de cohérences soit-disant rationnelles ?

Mais peut-être, en fin de compte, que cela est tout de même élaboré, comme on le dit pour les humains du passé que l'on prend souvent pompeusement pour des idiots à peine descendus d'un arbre ou sortis d'une grotte, élaboré "pour l'époque";  comme d'ailleurs souvent prend-on les enfants pour des crétins avec des occupations prétendues ludiques comme on les adresserait à des handicapés, et dont on peut de nos jours dresser un bilan des résultats éducatifs et instructifs concrets, toujours bien sûr comparativement dans l'espace et le temps ... Le temps, les humains du passé, notre propre passé personnel, tout cela n'est-il pas que variations d'un même évènement subjectif, tout cela ne souffre-t-il pas de notre incapacité collective à remettre en cause, positivement pour tous, les structures périmées de nos propres organismes collectifs, et les fonctionnements dégénérés de nos organismes individuels ?

Ce n'est donc pas le temps lui-même qui change de caractéristiques, mais les perceptions que nous entretenons de lui ...

La perception du temps implique nécessairement une conscience et un organisme vivant. Le temps est ainsi considéré comme le produit d'une capacité bio-psychique d'un être vivant. Pas de conscience, pas de temps.

Comment alors comprendre ce que peut être la quatrième dimension ?

Considérons pour illustrer le concept l'exemple suivant : une feuille de papier. Elle a deux dimensions ( considérons l'épaisseur comme nulle pour se focaliser sur les deux dimensions )
Imaginons que cette feuille soit un monde au sein duquel vivent des êtres eux-aussi en deux dimensions.

Maintenant, considérons fictivement un cone placé sous la feuille de papier, et faisons-la lui traverser.

Les êtres de ce monde en deux dimensions verront soudainement apparaître, comme par miracle, un point lorsque le sommet de ce cone franchira la feuille. Puis, ils verront ce point devenir un cercle et s'élargir, et s'élargir encore au fur et à mesure de la progression du cone à travers la feuille.
Pour finir, lorsqu'il aura totalement franchit la feuille, les êtres en deux dimensions verront disparaître ce cercle aussi subitement qu'est apparu le point.

Gageons que si certains parmi eux se trouvent avoir une fonction correspondant à celles des nôtres que nous appelons les scientifiques, ils auront un sujet d'étude bien sérieux, si tenté qu'ils ne préfèrent nier des éléments tangibles d'observation qui pourraient contrarier toute l'organisation de leur vie en deux dimensions ! Mais s'ils l'étudient honnêtement, alors ce cercle les conduira à devoir admettre l'existence irréfutable d'une troisième dimension pourtant hors de leurs perceptions !
Et bien, pour nous, dans notre monde en trois dimensions, ce cercle correspond exactement à la densité et aux fluctuations ainsi définies. La densité est l'élément tangible observable de notre monde en trois dimensions pouvant nous servir d'indice, ou de manifestation, de l'existence d'une quatrième dimension, et celle-ci est ainsi d'une nature toute autre que temporelle.

Mais à partir de là, il convient à chacun de mener son propre chemin d’investigation et de développement de conscience pour accéder à la compréhension de cette nature. Cela n'est plus l'objet d'une science matérialiste et conformiste dont il n'est pas nécessaire d'attendre la validation, et dont la tare intrinsèque est de dénaturer toute donnée réelle, toute hypothèse scientifique et toute forme de connaissance spirituelle qui contredit des schémas intellectuels conventionnels et admis, mais périmés et dégénérés.
Tous les grands scientifiques de notre époque moderne, surtout depuis Einstein mais déjà avant aussi, d'une même voix que les grands sages et guides spirituels de l'Humanité, affirment que la science et la spiritualité sont destinées à se rencontrer, et à se reconnaître.